« 6 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 19-20], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11567, page consultée le 06 mai 2026.
6 janvier [1844], samedi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon adoré petit homme. Bonjour mon bon bien-aimé. Bonjour je t’aime. Je ne
suis plus méchante, je crois que tu m’aimes. Je ne serais plus triste si je pouvais
te
voir. Mon bien, bien-aimé, tu es ma joie et ma vie. Comment vas-tu, mon Toto, ce
matin ? As-tu pris un peu de repos cette nuit ? Moi je vais mieux mais je crois que
je
le dois à la suppression de mon cataplasme. Cette nuit je souffrais beaucoup et il
me
semblait que cela tenait au cataplasme. Je l’ai ôté et je me suis sentie soulagéea et j’ai pu dormir jusqu’à
présent. Je crois que cette humidité irritait encore cette partie-là davantage. J’en
essaierai encore cette nuit, je verrai si je ne me suis pas trompée.
Que tu as
été bon hier, ineffablement bon, doux, tendre et charmant, mon Toto. Dans ces moments
de bonté suprême ta belle figure rayonne comme celle d’un ange. Tu es beau, d’une
beauté surhumaine. Mon Victor adoré sois béni dans tous ceux que tu aimes.
Clairette travaille avec ardeur ce matin. On
sent qu’elle a le désir d’arriver1. Pauvre enfant ce sera un grand bonheur pour elle le jour où
elle pourra se suffire et une grande sécurité pour moi. Elle est vraiment bien
gentille auprès de moi, il est même impossible de l’être davantage. Et puis je l’aime
de t’aimer. Et elle t’aime vraiment à présent, je le sens dans tout ce qu’elle dit,
dans tout ce qu’elle fait, dans tout ce qu’elle pense. Il y a en elle maintenant une
admiration sans borne, une reconnaissance profonde et une affection sincère pour toi.
Aussi je l’aime ma pauvre fille deux fois plus depuis qu’elle t’aime. Je ne sais pas
comment je te dis tout cela. Je te le dis au hasard mais c’est bien sincère.
Juliette
1 Claire prépare l’examen d’institutrice.
a « senti soulagé ».
« 6 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 21-22], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11567, page consultée le 06 mai 2026.
6 janvier [1844], samedi soir, 6 h.
Hélas ! Mon cher petit bien aimé, vous voyez bien que vous ne venez pas. Vous en
êtes témoin. J’ai beau vous prier, vous avez beau me promettre, vous n’en venez pas
plus vite pour ça. Vous êtes un très vilain et un très méchant Toto, voilà ce que
vous
êtes malgré vos belles dents blanches, vos yeux si doux et vos séduisantes petites
façons d’être. Il faudra que je tâche de vous aimer moins, cela fait que votre absence
me sera moins insupportable et que je ne serai pas jalouse des baisers donnés à Mme Guérard et
autre Clara plus ou moins Clémentine de
Clément de Ris1. Voime, voime, tâche ma pauvre Juju et tu verras comme c’est facile de se dépêtrer
d’un amour comme le tien, tu m’en diras des bonnes nouvelles.
À propos de bonnes
nouvellesa, ma lampe ne veut plus
aller du tout et ma bougie m’éclaire tout juste assez pour ne rien voir du tout. Je
ne
sais pas ce que je vais devenir avec ce hideux système d’éclairage et mes mauvais
yeux. Je ne parle pas des tiens quoique ce soit d’eux d’où me vient la véritable
lumière parce que tu restesb si peu
chez moi et tu y viens si rarement que cela ne peut pas te faire de mal à ce point de vue là et avec la chandelle qui ne m’éclaire
pas, je trouve que vous avez raison de ne pas venir davantage. Voime, voime, mais
au
point de vue plus drôle de l’amour, je trouve que vous êtes un scélérat de ne pas
venir plus souvent et que vous mériteriez les derniers supplicesc. Pour commencer, venez que je vous
baise à mort.
Juliette
1 Catherine-Clémentine Tarterat Clément de Ris est la fille adoptive du sénateur Dominique Clément de Ris (1750-1827) dont l’enlèvement orchestré par Fouché inspira à Balzac son roman Une ténébreuse affaire. L’expression employée par Juliette reste à élucider.
a « nouvelle ».
b « reste ».
c « suplice ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
